Entre 2014 et 2016, des centaines de français ont commandé un réfrigérateur, une machine à laver ou un four sur Electromust.com. Beaucoup n’ont jamais rien reçu. Pourtant, le site continuait d’encaisser les paiements, semaine après semaine, avant de disparaître brutalement. Cette affaire reste l’une des escroqueries e-commerce les plus marquantes en France.
Voici ce que vous devez savoir :
- Electromust était un site légitime pendant 10 ans avant de basculer dans la tromperie
- 386 victimes officielles et 216 000 € de préjudice reconnus en justice
- Le dirigeant a été condamné en 2020 à 15 mois de prison avec sursis
- Le nom de domaine existe toujours en 2025, mais sous une nouvelle identité
- Cette histoire enseigne comment repérer les signaux d’alerte avant de commander
Cet article retrace les faits, explique comment l’arnaque s’est mise en place, et surtout, vous donne les clés pour ne jamais vous retrouver dans cette situation.
Qu’est-ce qu’Electromust ? Une success story qui tourne mal
Electromust voit le jour en 2001, héritier de France Ménager, une entreprise créée en 1984 qui s’était fait un nom dans l’électroménager. À l’époque, la structure est solide : 9 magasins physiques en région parisienne, une centrale d’achat européenne regroupant plus de 3 000 points de vente, et des prix compétitifs qui attirent une clientèle fidèle.
Le passage au commerce en ligne semble logique. Le site Electromust.com se développe rapidement et connaît une décennie de succès sans faille. Les commandes sont honorées dans les délais, le service client répond présent, l’offre est variée. Les forums de consommateurs regorgent d’avis positifs. Les clients économisent parfois plusieurs centaines d’euros par rapport aux grandes enseignes. La confiance s’installe.
Pendant ces dix années, rien ne laisse présager la catastrophe à venir. Electromust devient une référence pour les acheteurs malins qui comparent les prix. Beaucoup recommandent le site autour d’eux. Cette réputation solide jouera contre les clients par la suite : elle masquera les premiers signaux d’alarme.
Redressement judiciaire, reprise et début des problèmes
Juillet 2014 marque le tournant. Electromust est placé en redressement judiciaire. L’entreprise est rachetée par Pemiblanc Merchandising, société dirigée par Georgios Konstantaras. Un nouveau site apparaît : Electrosigma.com. Sur le papier, c’est une reprise classique. Dans les faits, c’est le début d’une spirale.
Les premiers problèmes se manifestent discrètement. Les fournisseurs ne sont plus payés à temps. Les ruptures de stock deviennent fréquentes. Les délais de livraison s’allongent sans explication claire. Le service client met plusieurs jours à répondre, parfois plus du tout. Certains clients commencent à se plaindre sur les forums, mais leurs voix restent isolées.
Le plus grave : le site continue d’afficher des produits en stock qui ne le sont pas. Les commandes sont acceptées, les paiements encaissés, mais les articles ne peuvent pas être livrés. Cette pratique trompeuse aurait dû être corrigée. Au lieu de cela, elle s’amplifie. Les mois passent, les témoignages négatifs s’accumulent, mais le site continue son activité comme si de rien n’était.
D’autres noms de domaine apparaissent : Vp-discount.com notamment. Cette multiplication des identités brouille les pistes. Un client averti qui aurait cherché des avis sur Electromust n’aurait pas forcément vu les plaintes visant Electrosigma ou Vp-discount. La confusion joue en faveur de l’entreprise.
2016 : l’année noire pour les clients d’Electromust
L’été 2016 est catastrophique. Les livraisons cessent complètement. Pourtant, le site continue d’encaisser les commandes. Des centaines de clients paient entre 400 et 700 € pour des appareils qui n’arriveront jamais. Pour beaucoup, c’est le résultat de mois d’économies. Certains ont vendu leur ancien appareil pour en acheter un neuf. D’autres attendent un réfrigérateur ou une machine à laver pour emménager.
Les forums de consommateurs explosent. Les témoignages se multiplient, tous similaires : paiement effectué, confirmation de commande reçue, puis plus rien. Les mails restent sans réponse. Les numéros de téléphone ne fonctionnent plus ou tombent sur des messages automatiques. Quand quelqu’un parvient à joindre le service client, on lui promet une livraison prochaine qui n’aura jamais lieu.
La situation est d’autant plus révoltante que le site affiche toujours des stocks disponibles. De nouveaux clients continuent de commander, sans savoir qu’ils alimentent une machine devenue totalement dysfonctionnelle. Cette période révèle une intention délibérée de tromper. Ce n’est plus un simple problème de gestion, c’est une escroquerie organisée.
Le 14 septembre 2016, la liquidation judiciaire est prononcée pour Electromust, Electrosigma et Vp-discount. Le bilan est lourd : 386 victimes officiellement reconnues et 216 000 € de préjudice. Mais ce chiffre ne reflète pas la totalité des pertes, car tous les clients n’ont pas déclaré leur créance ou n’ont pas pu le faire dans les délais.
Le procès de 2020 : condamnations et reconnaissance des victimes
Octobre 2020 : quatre ans après la liquidation, l’affaire arrive enfin devant le tribunal judiciaire de Paris. Georgios Konstantaras est jugé pour pratiques commerciales trompeuses. Le verdict tombe : 15 mois de prison avec sursis et 10 000 € d’amende. La société Pemiblanc Merchandising écope de 150 000 € d’amende.
Ce procès représente une victoire symbolique pour les victimes. Enfin, la justice reconnaît officiellement la tromperie. 150 personnes se constituent parties civiles. Certaines obtiennent une indemnisation via un fonds de garantie, mais les montants restent bien inférieurs aux pertes subies. La réalité du droit commercial est cruelle : les clients arrivent en dernier dans l’ordre des créanciers. Une fois les dettes fiscales et sociales payées, il ne reste souvent plus rien.
La condamnation avec sursis peut sembler légère au regard du préjudice. Mais elle envoie un message : ce type d’escroquerie ne reste pas impuni. Les peines ont évolué depuis, et le cadre légal s’est durci pour mieux protéger les consommateurs.

Que devient Electromust en 2025 ? Attention aux confusions
Le nom de domaine Electromust.com existe toujours en 2025. Mais attention : il a été racheté par un nouveau propriétaire sans lien avec l’affaire. Le site est devenu un blog de décoration. Cette situation crée une confusion pour les anciens clients qui cherchent des informations ou espèrent encore un remboursement.
Si vous tombez sur Electromust.com aujourd’hui, sachez que ce n’est plus le même site. L’entité qui a escroqué des centaines de personnes a disparu avec la liquidation de 2016. Les forums de consommateurs restent le meilleur endroit pour retrouver l’historique de l’affaire et échanger avec d’autres victimes.
Cette persistance du nom montre à quel point internet garde la trace des histoires, même les plus sombres. Elle rappelle aussi l’importance de vérifier l’identité réelle d’un site avant de commander.
Comment éviter une arnaque comme Electromust ?
L’affaire Electromust enseigne des leçons précieuses. Voici comment vous protéger efficacement :
Avant de commander :
- Lisez les avis récents sur Trustpilot, Google Avis ou les forums spécialisés
- Méfiez-vous des sites sans avis, ou avec uniquement des commentaires élogieux datant de plusieurs années
- Vérifiez les mentions légales : SIRET, adresse physique, nom du dirigeant. Un site anonyme est un signal d’alerte majeur
- Testez le service client : envoyez un mail ou appelez avant de payer. Si personne ne répond rapidement, fuyez
Pour le paiement :
- Privilégiez toujours la carte bancaire. Jamais de virement direct
- Vérifiez que votre banque propose une assurance achat en ligne
- Conservez tous les justificatifs : confirmation de commande, mails, captures d’écran
Signaux d’alerte à repérer :
- Prix anormalement bas par rapport à la concurrence
- Promotions permanentes trop belles pour être vraies
- Délais de livraison vagues ou excessivement longs
- Service client injoignable ou qui répond par messages automatiques
- Multiplication de noms de domaine similaires
En cas de problème :
- Contactez immédiatement votre banque pour demander le remboursement. Vous avez 13 mois maximum pour agir
- Envoyez une mise en demeure en recommandé avec accusé de réception
- Déposez une plainte au commissariat
- Rapprochez-vous d’une association de consommateurs comme l’UFC-Que Choisir pour être accompagné
L’histoire d’Electromust rappelle qu’un prix attractif ne doit jamais faire oublier la prudence. La confiance se vérifie, elle ne se présume pas. Les grandes enseignes comme Darty, Boulanger ou Amazon ont renforcé leurs garanties après ce type d’affaires. Les sites indépendants sérieux affichent désormais leurs labels de confiance, leurs assurances et leur transparence. Prenez le temps de vérifier : quelques minutes de recherche peuvent vous éviter des mois de galère et des centaines d’euros perdus.

Julien Morel est rédacteur web et consultant en entretien écologique. Ancien responsable technique dans le nettoyage professionnel, il partage sur g-net.fr ses méthodes et astuces pour entretenir sa maison efficacement tout en respectant la santé et l’environnement.
